le Laboratoire d’Imagerie Numérique
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l’animation - théorie du mouvement apparent

Avant de comparer deux langages différents, il faut décrire chacun et plus particulièrement celui que l’on connait le moins.
Le mouvement apparent en tant que langage n’a pas de réputation établie.
Il présente encore trop d’inconnues qui l’empêche d’être et de se fixer définitivement dans les esprits comme moyen "d’écriture".

Divisons le mouvement apparent en deux catégories : les mouvements existants et les mouvements inexistants pour ne nous intéresser qu’à une seule des deux.
La première catégorie concerne d’abord la capture et, par la suite, la restitution des mouvements du monde tels qu’ils se présentent à nous.
La deuxième catégorie concerne les mouvements imaginés et composés à travers un processus d’élaboration décliné de la première catégorie quelque peu modifiée.
La captation de mouvements se fait par le moyen d’un système qui permet de traduire la continuité en discontinuité.
La restitution des mouvements captés se réalise en inversant le système, en traduisant la discontinuité en continuité.
La composition de mouvements apparents prend pied sur la deuxième phase de ce processus.
Elle commence à la discontinuité.
Dans le processus de captation, la discontinuité se présente sous forme d’une série de phases successives inscrites dans un espace se déroulant le long d’une durée linéaire.
Ces phases sont des images.
La discontinuité les ayant fixées, elles sont immobiles.
Elles représentent à la fois un état (posture, situation, apparence) et une valeur temporelle (fraction de durée).
L’outil de captation possède parmi d’autres caractéristiques une fréquence d’enregistrement.
L’outil de restitution utilise par la suite cette même valeur de fréquence assurant ainsi la fidélité de la reproduction des mouvements.
La composition de mouvements apparents prend pied sur ce dispositif de restitution
et sur le concept de succession de phases pour se forger un langage et par conséquence une écriture possible.
Pour le moment, cette écriture est sans grammaire et ce langage n’a pas de mots.

Si l’on comparait d’emblée les images aux mots, on serait immédiatement conduit à considérer que la comparaison commence déjà trop tard par rapport à l’élaboration d’une véritable grammaire.

Que faire alors de la phonologie ?
A quoi peut-on la comparer ? Aux constituants de l’image ?
Quels sont ces constituants ?
Pour ce qui est du langage parlé, ce sont les sons et les phonèmes.
Dire qu’il s’agit, pour ce qui concerne le langage imagé, du trait ou des traits, ceci équivaut à réduire le champ de l’expression aux seuls dessins animés.
Doit-on comparer alors les sons et les phonèmes aux formes ?
C’est là une possibilité de comparaison sérieuse à condition que l’on fasse référence non pas aux formes qui constituent l’image dans sa totalité composite mais uniquement à celles qui constituent la figure.
C’est donc la figure qui doit être comparée au mot et non l’image.
L’image est plus qu’un mot, elle est parfois plusieurs mots à la fois, l’équivalent d’une ou de plusieurs phrases.
Dans sa globalité, les images s’offrent à la lecture comme un texte.

Dans le langage, la phonologie étudie l’organe phonateur ainsi que les sons en les décrivant et en les classifiant.
Une étude sur la création de formes ainsi qu’une classification de celles-ci est à faire.
Il serait également opportun d’analyser la pertinence de tous les outils générateurs de formes, de ceux qui permettent dès à présent d’agir, de transcrire, d’intervenir ou de modifier celles-ci par du son et vice-versa.

Tel les mots, qui sont constitués d’un ou de plusieurs sons, les figures d’une image sont constituées d’une ou de plusieurs formes.
On accentue les formes de même que l’on accentue les syllabes d’un mot.
Cette accentuation se fait à travers la valeur des traits et des couleurs, pour ce qui est du dessin et de la peinture, auxquels il faut ajouter les textures pour ce qui est des images générées par des outils numériques.

La morphologie classifie les mots.
Elle les définit comme étant des substantifs, qui indiquent des personnes, animaux, choses, actions, qualités et états.
Les mots peuvent être concret ou abstrait.
Les figures peuvent également être classifiées de la sorte.
Elles peuvent même obéir à la définition de figures propres et de figures communes.

Mais s’il est aisé de comparer la figure au mot en ce qui concerne le genre et le nombre, peut-on cependant "adjectiver" une figure ?
C’est à dire lui adjoindre un attribut qui la qualifie, indique son état, qui la détermine, etc ?

Le mouvement présumant une action, peut-on envisager d’attribuer au mouvement des figures, le rôle que les verbes assument dans la phrase.
Comment résoudre le problème du passé et du futur par rapport aux images animées qui, dans le langage qui nous occupe, se déroulent toujours au présent ?
Faudrait-il considérer ici que dans certaines langues, les verbes ne connaissent pas non plus certains temps de conjugaisons ?
Rentrons dans la syntaxe du mouvement et essayons d’étudier la combinaison des figures afin de former des idées tenant compte de la logique des concordances par la place que les figures assument dans la séquentialité du mouvement apparent.
Pour être exprimées, les idées doivent obéir, au-delà des règles grammaticales, à des préceptes stylistiques.
Le langage peut être dit, écrit, ou gestuel.
Or, si la figure est mot, le mouvement ne peut être que geste prédicatif.
Dans la phrase-mouvement, la figure-nom est sujet, le mouvement est verbe et la finalité de l’action est complément.

La figure est un élément visio-sémantique.
Le mouvement est un événement semantico-visuelle.
Dans les mouvements naturels il y a, entre la figure et le mouvement, parallélisme de sens.
Dans le mouvement apparent imaginé, tel n’est pas forcément le cas.
Parce que les mouvements ne sont pas obligatoirement imaginés et composés en fonction du sens de la figure, de la même manière que la figure n’est pas imaginée et composée en fonction d’un certain mouvement.

la Figure

La figure visuelle est constituée d’une ou de plusieurs formes.
La forme immobile est signe et le signe en mouvement devient figure-nom.
La figure comme nom assume dans la phrase gestuelle les fonctions de sujet, complément et attribut.
Pour désigner les êtres, les objets et les choses du monde et s’inscrire dans la phrase gestuelle, la figure a besoin de déterminants.

La figure est le siège de différents concepts.
Pour désigner tel objet ou telle chose, appelés référents, il faut que la figure soit accompagnée ou qu’elle porte en elle un déterminant dont le rôle est de permettre son identification.
La figure immobile est dotée d’un mouvement issu du rapport d’entre les formes qui la composent.
Elle représente un genre, dans une situation ou dans une posture.

La figure est également une phase de mouvement, un stade, une étape.
Dans ce sens elle représente une valeur de durée.

le mouvement

Il n’y a pas de mouvements sans figures.
La figure est le sujet révélateur du mouvement.
Le mouvement apparent est un événement qui exprime une action ou un état de l’ensemble de déterminants de la figure.
Dans le domaine du visible, chaque mouvement est un verbe conjugué au présent.
Où commence ou par quoi commence la conception d’un mouvement apparent c’est à dire composé intentionnellement ?
Commence t-il par la figure ?
La figure est d’abord porteuse, comme on l’a dit, du mouvement de ses formes.
La “ logique “ de la figure-sujet suggère une mise en mouvement adéquate à sa structure.
Mais cette ” logique “ ne fait que suggérer. Elle n’impose en rien une démarche pléonastique ni un quelconque parallélisme entre le sens de la figure et le sens du mouvement.
La grande difficulté dans l’analyse de l’origine du mouvement apparent provient du fait que le mouvement est un événement invisible décrit par des figures visibles.

Comment imaginer alors une méthodologie de création qui, au lieu de partir de la figure pour envisager un mouvement, partirait du mouvement pour envisager une figure qui lui soit adéquate.
Quoi qu’il en soit et quelque soit l’ordre du processus de conception, le mouvement apparent commence par une abstraction, celle de l’idée d’une continuité supposée et, par la suite, se concrétise en une série de phases successives ordonnées chronologiquement dans un temps traduit en termes d’espace.

Si le mouvement apparent est verbe et si le verbe dans le langage joue un rôle central à l’intérieur de la phrase, le mouvement apparent joue un rôle plus grand encore dans la représentation d’images animées. Il est sa raison d’être.

le rythme

Visuellement le rythme est une configuration modifiable.
En ce qui concerne la figure, il est la disposition que peuvent prendre les différentes parties qui la composent.
En matière de mouvement, faire du rythme consiste, d’une part, à faire des “ trous “, à créer des absences, des omissions dans une continuité.
D’autre part à accentuer périodiquement ou apériodiquement certaines parties de cette même continuité.
Le rythme est aussi répétition, régulière ou irrégulière, du tout ou d’une de ses parties.

la restitution

Un handicap technologique majeur, jamais surmonté jusqu’à nos jours, frappe la représentation du mouvement apparent.
Cet handicap est le suivant : la représentation du mouvement apparent a lieu dans un espace invariable, l’écran.

Ces brèves considérations sur les principaux éléments du mouvement apparent, la Figure, le Mouvement, le Rythme et la Restitution ont pour but d’esquisser la problématique du mouvement apparent (Animation).
L’analyse comparée de l’Animation en tant que langage avec la structure du langage poétique qui suit est issue d’une lecture admirative du livre de Jean Cohen "Structure du Langage Poétique".
Il ne s’agit ici que de mettre en parallèle des préoccupations et des objectifs similaires existants dans les deux langages.
Toutefois les analogies et les parentés sont parfois trompeuses et là où l’on croyait avoir à faire à l’identique se dévoilent soudain des divergences.

Ne faut-il pas y voir une raison de plus pour continuer et approfondir cette voie de recherche ?